Capitale du Mewar, la ville blanche est batie sur les rives du lac Pichola, cerclé de collines. Avec son palais au milieu du lac, Udaipur est la ville la plus romantique du Rajasthan.


Tout le long du trajet, la tête dehors, je contemple le paysage superbe qui défile : montagnes vertes, végétation dense et riche, rizières, champs, scènes de vie où les saris éclatant parsèment les cultures de leurs cotons rose, jaune, violet, fuchsia… Des hommes labourent en marchant derrière deux boeufs traînant un soc, des femmes portent des cruches en terre sur la tête… L’une d’elles arbore fièrement un anneau de nez énorme, en or je suppose… Des gamines me saluent… Des troupeaux d’une centaine de buffles noirs menés par des jeunes filles… Des vaches aussi, perdues au milieu, mais bien mieux ici à brouter de l’herbe en pleine nature plutôt qu’en ville au milieu de la pollution et mâchant le plus souvent des ordures…
L’architecture est bien différente : les toits plats du désert cèdent la place aux toits en pente recouverts d’une pierre épaisse, positionnée à la façon des ardoises.
Nous arrivons à Udaipur, ville énorme avec d’immenses affiches de cinéma et de pubs, et à nouveau, le cirque des rickshaws, voitures, vélos, motos… des Klaxons à en devenir sourd et des gaz d’échappement à cracher ses poumons ! Je regrette déjà mon Eden de Ranakpur...

Ce soir, je m’offre un resto, un vrai pour touristes, histoire de voir de mes propres yeux la vue sur ce fameux lac Pichola… Envie de viande… pour la seconde fois en douze jours ! Deviendrais-je jaïn ? Je commande un « chicken masala » plutôt excellent, mais je ne l’échangerai pourtant pas contre le réfectoire jaïn… question d’ambiance !

L’hôtel construit au milieu du plan d’eau a servi de décor dans un célèbre James Bond, « Octopussy », qu’aucun hébergement ne manque de diffuser chaque soir (comme Indiana Jones à Petra…).

lac Pichola
le lac Pichola quasi à sec

Vendredi 3 septembre 2004
Je retourne au Natural View pour déjeuner afin de voir enfin ce fameux lac. Mais pas de bol, car même si nous sommes à la saison des pluies, le plan d’eau est quasi à sec… et moi qui m’inquiétais des problèmes de mousson !
Je trouve pourtant amusant de découvrir une vision bien différente de la carte postale avec les buffles qui paissent au « fond »…

Quel contraste avec la montagne ! Une grande rue bien touristique remplie d’échoppes, de restos, d’hôtels « lake view » (avec vue sur le lac). Beaucoup de touristes, aussi… Le Badi Haveli est un peu cher, alors je vais dans celui d’à côté, la Lehar Guest House. J’y suis accueilli par un jeune très sympa avec lequel je négocie la chambre à 90 rps avec WC et douche perso. Je suis d’autant plus inspiré de venir ici que, lorsque mon hôte voit sur le registre que je viens de Ranakpur, il m’apprend que son oncle est le Grand Prêtre lui-même ! Alors, je lui raconte mon séjour et lui montre les mots écrits de la main de ses parents : oncle, cousins… Il les reconnaît aussitôt ! La femme que j'ai croquée vendant les fleurs est même la sœur de sa grand-mère… C’est quand même fou que je sois tombé juste là ! Hasard ? Je finis par ne plus y croire vraiment …

éléphants Jaggdish temple
détail du Jaggdish temple

Je me rends au Jaggdish Temple qui a de la gueule avec cet escalier bien raide gardé par deux superbes éléphants de pierre et de belles sculptures à l’extérieur… Quant à l’intérieur, après Ranakpur, il me paraît trop sobre et la pierre est loin d’égaler l’éclat du marbre... Je me laisse toutefois tenter par un dessin de deux pachydermes face à face. Des chants s’échappent de l’intérieur ce qui ajoute au plaisir… Une fois le dessin terminé, je rejoins les femmes et les écoute chanter un long moment. Elles sont accompagnées par un joueur de tambour et de petites cymbales…

Je me suis fait une brève balade... Je pensais faire le tour du “lac” pour voir le City Palace de face, puis le visiter... mais en fait, rien de tout ca ! Car je n'ai quasiment rien vu d’Udaipur… la faute à une charmante Tchèque, Katerina, rencontrée dans un cyber café. Nous avons passé la journée ensemble, une bonne partie dans une boutique de cuir, a regarder ses jeunes amis confectionner des carnets avec des couvertures aux motifs realisés au poinçon et du papier fait main… superbe !!
Je me suis fait faire une couverture sur mesure, pour mon futur carnet relié...
Nous partons ensuite dans les ruelles de la vieille ville : des maisons similaires à celles de Jodhpur, dont certaines bleues, mais pas autant… Nous admirons les fresques réalisées sur quelques-unes d’entre elles à l’occasion de mariages : éléphants, chevaux, hommes, femmes... Un fillette sortant la tête d’une toute petite fenêtre nous donne envie de la photographier… A ce moment, un homme nous fait signe d’entrer de l’intérieur de la maison. C’est un professeur qui donne des cours à de jeunes filles toutes intimidées de nous voir. Il nous offre le thé.

Apres un petit tour dans les rues, nous sommes allés decouvrir les merveilleuses miniatures, un art précieux dans lequel s'est spécialisé Udaipur...

peinture de Sanjy
peinture miniature réalisée vite fait par Sanjy dans mon carnet
- en photo : en cours de réalisation -


J’y reste un long moment à admirer le travail hallucinant de centaines d’œuvres peintes sur soie, bois ou marbre (qui offre une relative transparence à la lumière…). Le détail est vertigineux : végétation, personnages, décors, feux d’artifice… Vu au travers d’une loupe, ça devient carrément incompréhensible ! Une des réalisations de Sanjy a été primée et publiée dans un journal, et je suis particulièrement fier d’avoir une petite miniature de Ganesh sur mon carnet !
De le voir faire à même le sol, penché sur la feuille, sans trop de lumière, c’est vraiment étonnant… Une de ses grandes peintures a nécessité trois mois de travail à raison de 6 heures par jour ! Emballé par tant de virtuosité et de talent, je me laisse tenter par quelques achats…

Les thèmes du chameau (amour), de l’éléphant (bonne chance) et du cheval (pouvoir) reviennent très souvent…
miniature trio animal
motif traditionnel de miniature sur soie (aquarelle d'après photo)

Alors, à défaut d'avoir croqué un peu plus Udaipur, je tiens à vous faire profiter du savoir-faire de ces artistes. Voici l'éléphant réalisé par Sanjy, qui lui a demandé 12 jours de travail... une peinture sur soie, de 20 x 20 cm !

miniature éléphant
miniature sur soie

Pour apprécier encore plus, petit zoom...(ce détail ne fait que 4 x 4 cm ! )


détail de la miniature ci-dessus
- en photo : un artiste au travail, admirer la précision... -

Alors c'est sûr, je n'aurai pas vu les "cartes postales" d'Udaipur et son City Palace au milieu du lac... mais je suis bien heureux d'avoir passé tout ce temps avec les artistes de la ville, que ce soit pour le cuir ou pour les miniatures.
Je ne peux rester plus, car d'autres merveilles m'attendent...

Me voici dans le train de nuit pour Jaipur. Un gars me tient compagnie et nous passons de longues heures à apprendre à prononcer le français et l’hindi, c’est génial ! Quelles crises de rire ! Ca me rassure de voir que pour les Indiens, des sons qui nous paraissent si simples comme le « u » ou « j », sont aussi difficiles à prononcer que pour nous apprendre leurs 66 lettres ! Au bout de la douzième, j’abandonne…

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Pour Info :

LEHAR Guest House : 90 rps single avec bains & WC

NATURAL VIEW : pour manger ou déjeuner avec une belle vue sur le lac.


Extraits de mon CARNET DE ROUTE "INDE Rajasthan- Brut de Voyage"
édité chez BleuEditions

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