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Ranakpur est l'un des plus vastes temples jaïna d'Inde. Une
"forêt" de marbre incroyablement ciselée
au coeur d'une architecture complexe attend le visiteur à
l'intérieur. Tout invite à prolonger cette étape
bucolique parmi les moines jaïna et les singes. Ce fut mon
coup de coeur pour ce voyage...
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En
me réveillant dans le bus, j’ai la surprise de me retrouver
en pleine montagne. Le paysage est partout très vert, la
végétation luxuriante, très différent
de ce que j’ai vu jusqu’à présent…
Le désert paraît bien loin.
De plus, Ranakpur n’est même pas un village,
mais un ensemble de temples avec un petit resto bien local !
Je suis les gens du bus qui eux ne font qu’une halte : petit
déjeuner composé de chaï, « pakori
» (beignets aux herbes et piment, excellent !) et petits «
trucs » assez épicés comme hier. Ce sont
en fait les chauffeurs qui m’ont fait goûter, car je
voulais m’assurer que ce n’était pas trop «
hot » ! Une dizaine de singes font l’animation dehors
; un monsieur leur donne des gâteaux et certains d'entre eux
sont plutôt grands avec une bonne dentition… |
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Génial, le temple est juste à côté !
Je rentre dans l’enceinte et demande s’il est possible
d’y dormir. « Of course ! » et je découvre
sur le registre que nous ne sommes pas nombreux à faire cette
démarche… le passage du dernier touriste remonte au
13 août ! On me montre ma chambre, ou plutôt ma cellule,
un carré de 2m20 sur 2m20 avec une simple paillasse assez
fine posée sur le sol, mais avec un lampe, un ventilo et
même une prise ! Ca me convient tout à fait…
Toutes les cellules s’articulent autour d’une cour carrée.
Sur un grand arbre, à quelques mètres de la n°13
(la mienne), des singes font les fous...
Le temple ouvre pour les non-jaïns de 12h jusqu’à
17h, donc j’ai tout le temps d’observer déjà
l’extérieur. J’emprunte un chemin qui monte vers
un petit sanctuaire d'oùla vue doit valoir le coup…
et je croise un serpent ! Heureusement, il est petit, mais est-ce
que cela veut dire qu'il n'est pas dangereux ? J’essaie de
faire un peu plus de bruit, d’autant que je suis pieds nus
dans mes sandales…
Pas d’autres rencontres fâcheuses et me voilà
au sanctuaire : effectivement, la vue sur le temple est superbe,
le blanc de ses murs contrastant merveilleusement avec le vert des
collines environnantes.
L’extérieur est plutôt sobre, à part les
toits comme dans tous les temples jaïns… J’adore
ces toits hérissés de « sikhara »
(tours) et de coupoles !
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Entelle
(langur en hindi
croqué du pas de ma cellule ! |
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temple
d'Adinath, vu du sanctuaire
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Tel
une cathédrale en pleine nature, le temple se dresse au
milieu des collines boisées. Cette situation exceptionnelle
ajoute à la grandeur du monument.
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| Vient
enfin l’heure de pénétrer dans le temple d’Adinatha…
Il me faut laisser la bouteille d’eau, car je ne peux l’amener
à l’intérieur ; c'est interdit. J’ai aussi
pris soin d’abandonner un moment l’étui en cuir
de mon Laguiole, car la peau est également prohibée
à l’intérieur. Les Jaïns sont strictement
végétariens et respectent tous les êtres vivants
quels qu’ils soient ! Ils portent parfois un tissu devant
la bouche pour éviter d’avaler par mégarde un
moucheron et traîne avec eux un petit balai pour ne pas s’asseoir
sur un insecte.L’extérieur du temple assez terne et
ne donne pas idée de ce que l’on y découvre
une fois la porte franchie… |
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Pilier
du temple d'Adinath
- en photo : croquis en cours -
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Quelques
mots d'Hindi écrit par la famille du Grand Prêtre
- que l'on voit ici en photo en train d'écrire sur le carnet
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La claque ! J’ai du mal à réaliser : c’est
littéralement une forêt de piliers dressés selon
un plan assez complexe et supportant des coupoles, le tout finement
ouvragé et recouvert de motifs floraux et géométriques,
des personnages, des animaux, des dieux, des démons…
C’est hallucinant, car l’ensemble est sculpté
dans du marbre blanc ! Je déambule ainsi parmi ces «
troncs pétrifiés » au nombre de 1444 !
Un peu abasourdi par tant de virtuosité, je ne sais plus
où donner de la tête… Chaque élément
est différent de son voisin : les piliers, les plafonds,
les coupoles, les murs, les statues des 24 tirthankara
nichées dans les 84 cellules tout autour du temple et au
centre des pièces… Il y en a partout, le moindre centimètre
carré de marbre étant admirablement travaillé.
Et le plus incroyable, c’est que ce décor si chargé
apparaît dénué de toute lourdeur ! Quant au
plan, bien que la surface du temple ne soit pas très grande,
il est si subtil que je parviens à me perdre, découvrant
par la même de nouvelles merveilles…
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Beaucoup
de monde vient voir l’avancement de mon croquis que «
supervise » l’un des gardes.
Le grand jeu est de faire croire que je vais dessiner les 1444 colonnes
: à raison d’une par jour, cela me prendrait la bagatelle
de quatre ans ! Tout ça parce que certains ont vraiment posé
la question… |
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Je
finis par comprendre que l’ensemble est centré autour
de la « cella » qui abrite l’image d’Adinatha
dont les quatre visages font face aux quatre points cardinaux. Devant
chacun d’eux se trouve un autre sanctuaire et entre se situent
un hall fermé et une cour ouverte, avec en plus d’autres
sanctuaires aux angles ! Tout le génie du temple réside
sur ces ouvertures sur l’extérieur, l’ensemble
de la construction bénéficiant ainsi de l’éclairage
naturel changeant au fil des heures… Ca et là se dressent
des statues d’éléphants remarquables. Le travail
du marbre fait si justement penser à celui de l’ivoire…
Quelle richesse de détails ! Vraiment, je ne regrette pas
d’être venu ici, car je pense qu’il s’agit
là d’un des temples les plus extraordinaires au monde,
c’est certain !
Mais le plus surprenant, c’est que ce temple vit ! Il y a
là des moines jaïns et des prêtres qui font des
cérémonies, des offrandes de fleurs… Des cocos
et de l’encens brûlent et de nombreux Indiens viennent
prier un moment.
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bout
de frise en pied de mur
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Nombre d'autre eux viennent aussi voir l’élaboration
de mon dessin et me félicitent ! Encore de jeunes et jolies
Indiennes avec leur sourire charmeur… Je fais également
connaissance avec les enfants du grand prêtre : l’un
d’eux, en costume jaïn (« kurta »
jaune et « dohti » rouge) m’offre son
bracelet… Sa sœur est adorable aussi et ils me présentent
leur père tout vêtu de jaune. Je le regarde faire des
offrandes de cocos aux statues des tirthankara. Elles ressemblent
à l’effigie de Bouddha, mais avec les yeux
grands ouverts... |
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Le
moindre cm2 est ciselé ! |
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Je
vais manger au Dharamsala, la cantine des Pèlerins
tenue par les Jaïns. Ils ont déjà fini leur
repas, car je n’avais pas compris l’heure du service.
On me sert un délicieux thali, chaque plat étant
rempli avec une grosse louche plongée dans un grand seau
! Je ne sais pas trop ce que je mange, mais c’est exceptionnellement
bon, succulent même… ! Je ne m’attendais pas
à autant de raffinement…
Et pour ajouter au plaisir, trois charmantes jeunes Indiennes
viennent s’attabler juste en face de moi. Elles semblent
amusées de me voir manger avec les doigts, comme elles…
La discussion s’engage aussitôt ; les Indiennes sont
vraiment d’un contact facile et d’une gentillesse
extrême. Et leur sourire…
J’ai de la chance, je suis le seul touriste à assister
à la cérémonie du soir… Mais je suis
un peu déçu, car les cloches sonnent tellement fort
qu’elles couvrent le son des tambours ! C’est un jeune
prêtre qui officie. Ensuite, nous discutons un long moment
assis, presque allongés sur le marbre à la lueur
des bougies.
Je déambule quelques instants au milieu des piliers éclairés
par la lune… Instants magiques ! Je m’imagine soudain
beaucoup plus petit, ébloui par la splendeur de Kazad-Dûm,
la lueur vacillante des bâtons de cire évoquant le
terrifiant Balrog surgissant des Profondeurs du Monde…
Le cri soudain des oiseaux me ramène à la réalité,
mais le souvenir persistant de la Moria amène
mes pensées vers ma petite Mû qui aurait sûrement
apprécié cette visite crépusculaire…
Qui
sait si Tolkien n’est pas venu ici, s’en
inspirant pour les constructions fabuleuses du Peuple des Nains…
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éléphants
de marbre, temple d'Adinath
- en photo : une femme observe mon carnet - |
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Mercredi 1er Septembre 2004
Réveil assez matinal : 6h30 ! Est-ce l’environnement
monastique ? J’ai cru un instant que le temps avait changé
ce matin en voyant les arbres bouger violemment… mais j’avais
oublié mes amis les singes ! De mon lit, j’en vois
d’ailleurs passer un par le grillage en imposte de ma porte…
Sur le chemin de la douche, je prends quelques minutes pour observer
ces curieux quadrupèdes avec leurs attitudes si proches de
nous… Tiens, un ou deux rats filent parmi les gravats du temple…
Je découvre les autres temples nettement plus petits que
celui d’Adinatha. Mais les sculptures ornant celui
de Parshvanatha sont exceptionnelles, particulièrement
avec cette lumière… Quelques scènes érotiques,
étonnant… Pas un bruit, à part celui des oiseaux,
des singes et des petits écureuils également en grand
nombre ici ! |
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paons
: détail de façade du temple de Parshvanatha
- en photo : croquis en cours - |
Petite
anecdote animalière : alors que j’étais en train
de dessiner quelques motifs, des dizaine de fourmis se sont introduites
dans le paquet de biscuit rangé dans mon sac pour en dévorer
le contenu. Sortant immédiatement l’objet du délit
afin de me débarrasser des indésirables, je sors du
temple pour trouver une poubelle qui doit bien exister ici, puisque
les Jaïns s’emploient à rendre le site d’une
propreté inhabituelle pour le pays.
Je suis alors immédiatement repéré par un singe
auquel je tends, ou plutôt je jette, un biscuit fourré
au fourmis sans me douter qu’une dizaine de ses compères
allaient rappliquer aussitôt ! Cerné par tous ces gourmands,
je ne sais pas trop quoi faire… mais j’ai à peine
le temps de réfléchir qu’un énorme spécimen
bondit sur moi, me chipe le paquet et s’enfuit, suivi par
tout ce petit monde affamé afin de déguster leur butin
! Quelle aventure ! |
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silhouette
nocturne de la façade principale du temple d'Adinath
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Me
voilà dehors, allongé sur le parvis… La silhouette
du temple se découpe dans la nuit sur un ciel rempli de milliards
d’étoiles… Magique, féerique ! Tiens,
une étoile filante… mais je ne m’attarde pas
trop sachant qu’un
« gros matou » rôde peut-être dans
les environs (hier soir, un léopard est venu dans l’enceinte
même du temple et a devoré 3 chiens ! Et oui, on est
enInde… de meme, un grand cobra noir a été aperçu…)
Une fois dans ma cellule, je n’ai pas le courage de filer
sous la douche et j’ai tellement de choses à écrire
! Je me lance quand même dans une aquarelle de ma «
vision » nocturne... Réalisée de mémoire,
c’est pour moi une grande première. Quel pied de voyager
! Ici, plus que partout ailleurs… j’en prends vraiment
conscience ! |
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entrée
du temple d'Adinath
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Jeudi 2 septembre 2004
Grasse matinée ce matin : 8h00 ! Quel plaisir de voir le
temple en sortant de ma cellule… Sur le chemin de la douche,
je croise pas moins de vingt singes assis sur les toits, perchés
dans les arbres, fouillant dans le bac à ordures, traînant
sur le sol… Je crois que ce sont eux qui m’ont réveillé
en sautant et en courant comme des tarés sur le toit !
Je m’amuse à en observer un du pas de ma porte :
il m’a l’air bien fatigué, dormant dans des
positions incroyables et en en changeant souvent…
Je
retrouve le temple d’Adinatha qui n’estpas
encore ouvert aux non jaïns, mais mes copains les guides
ne voient aucun inconvénient à ce que je m’installe
pour en croquer l’entrée.
Assis sur le marbre, je déniche même un dossier incliné
très confortable ! Je commence mon dessin… Pas facile
du tout, mais je suis plutôt content car je ne pensais pas
remplir la page entière ! La famille du Grand Prêtre
vient me saluer à son tour ; ils s’assoient à
mes côtés. Puis une charmante Indienne (pléonasme)
prend place : elle regarde attentivement mon travail et insiste
pour avoir un autographe… ! Et devinez où ? Sur la
paume de sa main qui est déjà couverte de motifs
au henné… Evidemment, je refuse, mais elle insiste
tellement que je finis par accepter ! Mon premier autographe…
Amusant ! Je vais mettre plus de temps à faire ce croquis
que je l’imaginais, surtout avec toutes ces interruptions
! |
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Tout
à coup me vient l’envie de dessiner l’un des
surveillants. Il a une tête intéressante avec son turban…
Je demande au directeur si je peux le débaucher quelques
instants et il accepte.
C’est parti… Ses collègues me regardent faire,
amusés. Je lui change la couleur de son turban et en fait
un turban multicolore, le plus commun ici. L’homme n’arrête
pas de bouger tout le temps, aussi je finis la couleur sans lui.
C’est le côté pratique des crayons aquarelle…
!
Une fois terminé, je vais montrer le croquis à son
modèle qui est en train de manger son thali : toujours
ce balancement de la tête, un sourire et un haussement de
sourcils, et aussi, un petit bruit avec la langue… Je remarque
alors que j’ai oublié sa verrue que je m’empresse
de rajouter… Il n’a pas l’air gêner du changement
de turban et de l’apparition de boucles d’oreilles…
Car là aussi, la majorité des hommes en portent !
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Ganesh
: un des serveurs du réfectoire jaïn |
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Il me faut tout de même partir, car je veux voir d'autres
choses de ce Rajasthan. C'est bien appréciable
d'avoir pu profiter de ce lieu si intensément durant ces
trois jours. La plupart des voyageurs le découvre en quelques
minutes ou quelques heures, le temps d'un arrêt...
Direction
Udaipur ! J'attends le bus...
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