Fatehpur Sikri - la "Cité de la Victoire" de l'Empereur
mogol Akbar devenue très vite une ville fantôme - charme
par ses palais, sa mosquée et ses ruines de grès rouge.
C'est aussi un modeste village authentique où la halte est
agréable...
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Nous
voici arrivés au modeste village de Fatehpur Sikri.
Ca fait du bien de se retrouver à la campagne et en plus,
le bus nous fait descendre juste sur le site ! La Buland Darwasa,
porte monumentale de la mosquée Juma Masjid surplombant
un énorme escalier, se dresse, impressionnante, juste au-dessus
de nos têtes. Sympathique petit marché que je découvre
en arpentant les rues du village à la recherche de la Maurya
Rest House que je finis par découvrir au pied de la
porte monumentale. L'accueil y est agréable. Il y a un
couple de Belges, mais peu de touristes passent la nuit ici...
Aussitôt le sac déposé, je pars à l'assaut
du site !
Fathepur
Sikri est une énorme ville fantôme. En 1570,
l'Empereur Akbar décida de transférer la capitale
(Agra) jusqu'ici pour se rapprocher d'un Saint soufi.
La ville fut donc édifiée, mais finalement abandonnée
à peine
15 ans plus tard, car difficile à alimenter en eau et trop
éloignée des routes commerciales. Une épidémie
de peste au XVIIe s finit de vider la place de ses habitants.
Voilà ! Après ce petit cours d'histoire emprunté
à ce décidément excellent guide (le NEOS
de Michelin), je découvre donc cet ensemble de
palais, de cours, de différents édifices tout en
grès rouge, aux façades et colonnes ornées
de motifs géométriques ou floraux taillés
dans la pierre.
Un ensemble réellement impressionnant - remarquable parmi
tant d'autres - est le Panch Mahal avec ses cinq étages
hypostyles et pyramidaux, comprenant au total 164 colonnes. Dommage
qu'on ne puisse pas accéder aux niveaux supérieurs...
Je me laisse tenter par un crobar du Diwan-i Khas, le
hall des audiences privées au centre duquel trône
une colonne extraordinaire coiffée d'un chapiteau gigantesque
constitué de consoles superposées (typiques de l'architecture
mogole) ! Au-dessus de la colonne se trouve une plateforme accessible
par quatre passerelles. C'est là que se tenait l'Empereur.
Le croquis de la colonne aurait été plutôt
casse-tête, alors je m'installe, assis par terre sur l'immense
esplanade pour dessiner l'édifice dans son ensemble.
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Diwan
I Khas, le hall des audiences privées
- en photo : croquis en cours -
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Je
quitte l'enceinte du palais et découvre le reste de la ville
en ruine. En chemin, je rencontre Roman, jeune moscovite
avec lequel je visite l'Hiran Minar, une tour de 21 m de
haut hérissée de défenses d'éléphant
en pierre
et érigée en mémoire d'Hiran, le pachyderme
fétiche d'Akbar enterré dessous ! Au sommet, une vue
superbe sur la campagne et les décombres de la Ville
Rouge... Au
coucher de soleil, je me rends à la Mosquée, magnifique
également, toute rouge avec un mausolée de marbre
blanc qui attire le regard. Il s'agit de la sépulture de
Salim Christi, le soufi dont voulait se rapprocher Akbar.
Le mausolée est réellement impressionnant, ceinturé
de "jali" de marble blanc particulièrement
ouvragés. Sûrement les plus beaux que j'ai pu voir
!
Je
me rends ensuite chez un barbier qui officie dans une toute petite
pièce où de nombreux hommes attendent leur tour.
Accueil vraiment sympa. Pour patienter, je leur montre mes carnets.
L'un d'eux est guide et parle un peu le français. Un autre
est instituteur, me dit-on, donc je lui dis que j'ai des crayons
de couleur à donner. Il me file rencard le lendemain pour
l'accompagner à l'école. Génial ! Il veut
montrer mes carnets à ses jeunes élèves.
Le rasage est hautement professionnel et c'est vraiment très
agréable ! Pas de diplôme, le savoir-faire se perpétue
de père en fils. On m'offre le thé...
Avant de dormir, je rédige la fin de la journée
d'hier et aujourd'hui ; le retard est comblé. Il fait une
chaleur humide étouffante, un vrai temps de mousson, qui
fait suer en permanence. La chaleur du désert, plus sèche,
était bien plus supportable !
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Hiran
Minar, la tour de l'éléphant d'Akbar
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Mercredi
8 septembre 2004
Je
retrouve mes amis, le Prof et le Barbier, au salon de ce dernier.
Said travaille déjà depuis 7h00 et ce jusqu'à
23h00, tous les jours de la semaine et toute l'année !
Le temps de boire le thé accompagné de quelques
bananes et « Chalo ! »
Je pars donc avec Abdul Bashir à pied sur le chemin
de la Connaissance. Plutôt agréable comme
route, car nous traversons les ruines de l'ancienne ville au milieu
de la végétation plutôt bien entretenue. Quelques
singes
nous regardent passer... On arrive rapidement au village de Sikri
où je découvre l'école, un petit bâtiment
avec trois salles de classe. Mais aujourd'hui, c'est férié
et je ne verrai donc pas d'enfants ! Pas de chance ! En fait,
Abdul me l'avait dit hier, mais je n'avais pas compris...
Je décide donc de changer mes plans : plutôt que
de partir à Bharatpur aujourd'hui, je préfère
rester une journée de plus pour rencontrer les enfants
demain...
Je retourne à l'Hiran Minar, cette tour fabuleuse
qui fait très Heroic Fantasy, puis je me balade
autour, observant un troupeau de buffles traverser la rivière
conduit par de jeunes bouvières qui me font de grands «
Hello ! ».
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Plus loin, l'envie me prend de croquer l'un de ces bovidés
quibouge sans cesse en broutant l'herbe !
Les paysans me regardent, amusés. Une fois la bête
un peu tranquille, je m'installe à l'ombre d'un arbre au
côté d'un vieux et de son fils, et dessine le reste
du paysage dont une mignonnette petite hutte.
L'homme âgé me propose un chapati, mais je n'ai plus
faim ! Une fois de plus, une halte bien agréable au rythme
de la campagne, loin du bruit de la ville, même si Fatehpur
Sikri reste plutôt un paisible village...
Non rassasié de croquis, je m'attaque à la tour elle-même.
Un Indien d'un certain âge fait la sieste sous le gros arbre.
Quel calme ! Pas un bruit.
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buffles
dans la campagne de Fatehpur Sikri |
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Mais
il est déjà midi et je pars retrouver Said le Barbier.
Il termine une coupe, puis nous partons chez lui car il m'a invité
à manger. Je fais la connaissance de sa famille, leur père
Imam, soufi respecté après sa carrière de barbier,
comme le veux la tradition familiale. Le repas se compose de mouton
(en fait, de la chèvre) avec des chapati, puis de
l' « alwa », sorte de semoule avec du sucre
et des raisins. Excellent, car aujourd'hui, c'est le jour des cookies
et ils sont fameux ! Said me demande de montrer mes carnets aux
membres de sa famille. « Bahut Acha ! »
La mère souhaiterait alors que je restaure le portrait de
son aïeule, plutôt en mauvais état, la peinture
à l'huile s'est craquelée par endroits et à
même carrément disparu du côté gauche
! Mais les crayons aquarelle ne sont
pas très adaptés et ce n'est pas évident...
Ce sera toujours mieux que rien ! Je reconstitue tant bien que mal
l'oeil manquant et essaie de combler les blancs avec les couleurs
correspondantes. J'aurais préféré pouvoir faire
beaucoup mieux, mais ce n'est pas si mal...!
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Ici,
contrairement à Jodhpur et à Jaisalmer,
on sent vraiment la présence de l'Islam. Il est vrai que
c'est bien difficile de faire abstraction de l'énorme Buland
Darwasa qui domine tout le village !
Au salon et dans la maison, le télé distille en permanence
les saintes paroles de la chaîne
pakistanaise et tous ont en grande majorité un prénom
musulman...
Je suis un peu crevé et mes yeux fatiguent vite, mais je
ne peux quitter cet endroit sans croquer cette superbe porte !
Je m'installe donc, assis sur le
banc des vendeurs de boissons avec qui j'avais passé un
long moment hier en prenant mes photos nocturnes et en leur montrant
mes premiers dessins. Un jeune me donne un petit bout de gomme.
Depuis Jaipur, je m'en suis passé, mais c'est
quand même utile ! Tous regardent attentivement la progression
du dessin. Plutôt long et complexe, d'autant que je n'y
vois pas grand chose jusqu'à ce que le monument s'illumine
et que la lumière arrive jusqu'à nous !
Sur ce coup-là, je me suis achevé les yeux, mais
le résultat en valait la peine. C'est du moins l'avis de
mes « observateurs» ! Ils me donnent alors un billet
de 10 rps, non pas pour mon labeur, mais parce que j'avais payé
deux fois hier. Quelle honnêteté !
Ils
n'étaient pas obligés de me le dire...
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Imran,
le joueur de tabla, qui m'a écrit ces quelques mots ci-dessous
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Buland
Darwasa et quelques mots des jeunes vendeurs qui m'on écrit
dans mon carnet - ici en photo -
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Au
bout du rouleau, je regagne l'hôtel. Je n'ai qu'une hâte
: m'écrouler sur mon lit, quand j'entends jouer de la musique
sur le toit même de la Maurya Guest House ! Je rejoins
alors le couple belge, en compagnie d'un ami du jeune de l'hôtel
qui joue des tablas. Il fait parti d'un groupe qui sillonne toute
l'Inde et je veux bien le croire, car son jeu est vraiment de qualité
!
J'ai pas mal dessiné aujourd'hui et j'ai les yeux explosés,
mais l'occasion est trop belle et je n'ai pas encore de musicien
dans mon carnet ! Alors je croque Imran, dans la quasi obscurité
et au son des tablas. Génial ! C'est en fait mon premier
moment musical du voyage, mais j'ai tellement vécu de choses
passionnantes que j'en avais presque oublié ma soif de musique
!
Merci à Imran pour ses chants en hindi et en arabe...
Pour user jusqu'au nerf optique mes pauvres yeux, il me faut encore
rédiger le contenu de cette journée si riche en événements
: 4 dessins et 9 pages remplies ! Il fait toujours aussi chaud,
mais je n'ose pas brancher moi-même le ventilo à l'extérieur
de ma chambre, car il faut insérer les fils à nu dans
les trous de la prise ! |
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Jeudi
9 septembre 2004
Au salon de coiffure, je fais la connaissance du père de
Said, l’Imam. J’aurais bien aimé faire son
portrait… Abdul est malade ce matin. Nous partons le chercher
chez lui à trois sur la moto, slalomant entre les piétons,
les vélos et les ânes ! Heureusement que le dromadaires
et autres charrettes ne peuvent s’aventurer dans cette rue
trop étroite… L’enseignant a l’estomac
dérangé, mais nous allons quand même à
l’école, motorisés cette fois !
A
l’école, les enfants n’ont pas l’uniforme
et sont assis à même le sol sous le porche. Ils sont
tout excités de me voir! Je leur montre mes carnets...
Je rentre seul à pied et parcours une dernière fois
les ruines majestueuses. Dernier coup d’œil aussi à
la porte monumentale et me voilà parti… ! J’avais
pensé rejoindre Bharatpur afin de prendre le train pour
Dehli via Mathura, mais le bus pour Agra arrive en premier et
va direct à Dehli… ! Je me laisse tenter…
Ce
voyage, c’est comme si on avait acheté un billet
pour les montagnes russes à la fête foraine ! Le
bus file à toute allure en roulant plus sur la voie de
droite que sur celle de gauche… Un joli dérapage
pour éviter un rickshaw… Il s’en est fallu
de peu ! Finalement, je change de véhicule à Agra.
Le chauffeur est un peu moins fou, mais par contre, un peu plus
sourd ! La musique tourne à fond et impossible de mettre
la main sur mes bouchons d’oreille… !
Par contre, le bus est à moitié vide, donc j’ai
trois place pour moi tout seul, ce qui est plutôt confortable…
Petit arrêt « bouffe » dans un dahba: dahl et
chapati, un peu trop épicés, mais je commence a
avoir l’habitude ! Le trajet s’avère plutôt
long à cause du temps perdu dans les embouteillages à
Agra et à Delhi…
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